attention les yeux…

Image

Bon bah voilà, après une longue absence, une longue hésitation sur le canal (Medium ou pas, etc.), je reviens à mon bon vieux blog WordPress que j’avais délaissé après l’avoir ouvert car j’étais frustré d’avoir délaissé mon Typepad que j’avais délaissé après avoir blogué dessus des années…

Et pourtant il s’en est passé des choses…
Fini LIMITE, vive Simplon.co, Les Compagnons du DEV et Kids Coding Club aussi…

Ecrire en ligne pour moi c’est un défouloir, un moyen de réfléchir à plusieurs en live et d’aborder des sujets personnels ou professionnels mais de mon point de vue à moi (qui n’engage pas Simplon.co)…

Et c’est pas les problématiques qui manquent donc c’est reparti !

yalla


Mieux que le conseil digital : le e-lean management

Suite au dernier article sur le darwinisme et l’effet Dunning-Kruger dans le digital, je continue un peu à enfoncer le coin, et de tenter de montrer que plus on parle de digital, moins on en fait (bien). C’est vrai pour les agences (qui n’ont que ce mot à la bouche mais ne maitrise pas les choses) et les annonceurs (qui disent qu’ils gèrent mais en fait non) : les apprentis sorciers sont partout ! Apprenons un peu à les reconnaître, démasquons-les et recardons un peu les investissements et les priorités.

Je répète à l’envie qu’une "stratégie digitale" ça n’existe pas, que les "internautes" ça n’existe plus et que plus on remet du IRL (ou du AFK pour les puristes) dans le online, plus on a de résultats et moins on écoute les experts auto-proclamés. Car qu’on croit pouvoir dominer les choses en "internalisant le community management" ou qu’on se place sur le piédestal fragile de la posture du "conseil digital", on prend le même risque mais pas du même côté. On ne filialise par le digital, ni en embauchant un community manager, ni en sous traitant à un prestataire son webmarketing, ni en considérant que sa communication doit avoir un "volet digital" (sic) car dans tous ces cas les KPI resteront digitaux et donc de l’ordre de l’auto-évaluation, ce qui n’est jamais très sain (juge et partie, toussa).

Donc pour éviter le syndrome du département communication ou marketing qui intègre un CM à son budget, et un "volet digital" à son plan annuel, autant que l’agence qui va proposer, au pire, une stratégie classique avec un déclinaison digitale, ou, au mieux, un dispositif "digital natif" (ou "buzz"), une seule solution : le lean management !

Hein, ce truc barbare issu du marketing ou de l’industrie, ou de l’informatique ? Bah oui, de même que l’agilité comme méthodologie de développement pour éviter les effets tunnels et les projets qui ne sortent jamais, ou dans des configurations déjà dépassées par les évolutions nées le temps de son déploiement, le lean management est à mon avis en cette période où tout le monde se gargarise de faire de la stratégie digitale, un prisme salutaire, voire une approche à substituer à tout autre forme de "conseil".

Rappelons d’abord rapidement que le lean management se concentre sur tout ce qui créé de la valeur pour l’utilisateur, le client, le public et qu’il tend à éliminer tout le reste. Quoi ? Oui, vous avez bien lu. TOUT le reste ça dégage : TOUT. C’est du Toyota donc ça rigole pas mais en même temps c’est vrai que si on enlève :
- les effets de manches des experts, les "buzz-words" et les modes ("tu es pas encore sur Pinterest coco ?" des agences et des consultants (qui ne sont pas les payeurs on le sait, au contraire, ils sont indexés aux dépenses recommandées)
- les coûts et implications de l’égo-nombrilisme ("on est sur Facebook" ou "tu nous trouveras sur l’App Store" ou "on a gamifié un peu notre stratégie"), le la ré-assurance (la sécurité, le ROI, le grégarisme) et des "croyances" des responsables des investissements et des recrutements digitaux des annonceurs

Et bien que reste-t’il ?

Des initiatives isolées, sans lien entre elles, sans ROI, déconnectées de ce qu’est vraiment l’organisation, de sa stratégie sur les autres canaux : donc au final il reste rien SAUF tout l’argent et l’énergie dépensés pour tout ça. Car éliminer les gaspillages qui nuisent à l’efficacité et à la performance GLOBALE (pas digitale) d’une structure, et bien c’est ça le rôle d’un manager ou d’un consultant, et ça n’est pas en calculant le ROI de Facebook, en cherchant à augmenter son nombre de visiteurs uniques ou de fans/followers qu’on fait vraiment son job, au contraire.

Lean-process

C’est là que la métaphore du lean management – bah oui je ne disais pas ça au pied de la lettre (quoique) – est puissante puisqu’elle vise en entreprise à réduire :
- la surproduction => digitalement : trop de contenus, trop de temps et d’énergie dépensés pour les contenus au détriment de leur valorisation et du trafic/des conversions apportés)
- les délais d’attente => no comment là dessus, c’est évident que les processus de décision, de production, de correction, d’évolution et de réaction digitales ne sont pas adaptés car ils émanent de personnes et de schémas mentaux issus directement des métiers traditionnels du marketing et de la communication, voir des SI
- la manutention et le transport superflus, ou les traitements inadéquats => là c’est une image, mais éclairante, des allers retours et du temps perdu à traiter de l’information et à la mettre en ligne
- les stocks inutiles : là aussi n’importe quel webmaster, CM ou webmarketeur vous dira qu’il voit très bien où on peut économiser du temps, de l’argent, de l’énergie, du budget…
- les défauts de fabrication et les erreurs => au-delà du débugage et de l’amélioration continue, c’est bien de la logique de BETA, du test & learn et du "fail fast fail smart" qu’il s’agit au global

Si la valeur pour le public final – le client pour une entreprise (ou l’actionnaire), le bénéficiaire (ou le donateur/fondateur) pour une association – est le seul KPI mesuré et pris en compte : tout s’éclaire… L’efficacité, les objectifs, les règles du jeu, les priorités sont plus évidentes et il n’y a plus qu’à se mettre au boulot. Finis les lubies, les convictions ou les "parti-pris" des managers ou des agences !

On cite souvent un américain (John Wanamaker) comme ayant déclaré la formule suivante restée célèbre pour définir la communication : "Je sais que la moitié de mon budget marketing/publicitaire ne sert à rien, mais je ne sais pas quelle moitié". Et bien en matière digitale, non seulement on sait quelle est la moitié qui sert à rien, car tout est traçable et objectivable (vraiment je veux dire, pas du GRP ou des occasions de voir, ou du CPM), mais en plus on sait que la moitié qui est dépensée en pure perte est celle qui découle des recommandations "stratégiques" d’agences ou des "bons plaisirs" des managers qui se piquent de savoir comment gérer des projets digitaux.

La bonne nouvelle c’est donc qu’on sait quoi éliminer, où sont les gaspillages et comment améliorer l’efficacité et la performance des organisations avec le digital, et comment optimiser les investissements digitaux.

Ouf non !?


Darwinisme et effet Dunning-Kruger du digital

Encore des mots compliqués, mais toujours la même idée : le digital c’est spécial mais ça devrait pas ;-)

Brians Solis a souvent l’habitude de nous re-dire à l’envie que le digital est darwniniste/darwinien en ce sens – évolutionniste et de la sélection naturelle – qu’il fait le tri, non pas entre les forts et les faibles, mais entre ceux qui s’adaptent vite et bien, et ceux qui ne le font pas, et qui ont donc vocation à… disparaitre !

Je suis assez d’accord avec cette vision car elle cadre bien avec l’idée que je développe depuis des années auprès des annonceurs et selon laquelle la maitrise d’Internet comprend intrinsèquement un "pouvoir égalisateur" – comme on l’a dit de l’arme nucléaire – et permet aux organisations de tirer leur épingle du jeu, voire de bénéficier d’effet de levier, sans que leur taille et leur budget soient des éléments sur-déterminants, ce qui est le cas en publicité et en marketing "classiques".

On peut appliquer au digital d’autres grilles cognitives ou théories sociales, et mêmes biologiques ou physiques (rhizome, capillarité, etc.) et dans cette même veine je suis tombé, en révisant des flashcards sur les biais cognitifs (merci Andréi et Erwan pour m’avoir fait découvrir Anki), que l’effet Dunning-Kruger.

J’aimais déjà le principe de Peter – qui veut que dans un système hiérarchique « tout employé tend à s’élever à son niveau d’incompétence » – et son corollaire logique qui établit donc qu’ « Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d’en assumer la responsabilité. » Appliqué au digital c’est très utile pour appréhender la manière dont les décisions impactant la stratégie digitale sont prise, par des gens qui sont en plein "principe + corollaire de Peter" mais qu’Internet rend "encore plus incompétent" car générationnellement, en terme d’usage ou pour des raisons idéologiques, de politique interne ou encore d’égo. Mais l’effet Dunning-Kruger, c’est encore mieux car cela fait toucher du doigt une autre réalité pourtant bien tangible et quotidienne que tous les consultants digitaux connaissent bien.

L’effet Dunning-Kruger décrit un phénomène selon lequel les moins compétents dans un domaine surestiment leur compétence alors que les plus compétents auraient tendance à sous-estimer leur niveau de compétence. J’en ai déjà parlé ici en évoquant le fait que le digital – parce qu’il évolue vite et qu’il est protéiforme, composé de plusieurs couches de métiers différentes et interdépendants – rend forcément humble mais le phénomène démontré par Dunning & Kruger et publié en décembre 1999 dans la revue Journal of Personality and Social Psychology, va encore plus loin.

Effet Dunning-Kruger

Dunning et Kruger se sont basé sur Darwin, encore lui, qui avait noté que « l’ignorance engendre plus fréquemment la confiance en soi que ne le fait la connaissance » mais ils sont allés au-delà en élaborant – après expérimentation sur des étudiants – les hypothèses suivantes selon les niveaux de compétences objectives sur un sujet :

  • la personne incompétente tend à surestimer son niveau de compétence => ça on en a tous été les témoins et c’est particulièrement vrai dans le domaine du digital où soit la personne s’auto-flagelle et se dédouane de tout avis en se décalarant ignorante et donc incompétente, soit quelques maigres notions et/ou compétences génèrent une confiance excessive sur des sujets qui débordent largement la compétence initiale de la personne
  • la personne incompétente ne parvient pas à reconnaître la compétence dans ceux qui la possèdent véritablement => là aussi c’est véritablement quelque chose de quotidien, où c’est quelqu’un dont ce n’est pas la métier ou qui n’a pas démontré de compétences particulières et objectivement vérifiables, qui va contredire, décider ou empêcher la mise en place d’une action légitime et justifiée, en invoquant d’autres raisons (budgétaires, politiques… mais parfois techniques ou de "sécurité" pour les DSI), voire des "croyances" ("personnellement je n’y crois pas, je pense que ça ne marchera pas, que ce n’est pas ce qu’il faut faire")
  • la personne incompétente ne parvient pas à se rendre compte de son degré d’incompétence => là encore, comment le pourrait elle ? mais ce qu’elle peut faire c’est, dans le doute, s’en remettre à des gens dont c’est la profession, qui sanctionnent d’une expérience spécifique dans le domaine concerné…

dunning_kruger_percieved_actual_graph

La conclusion de ces travaux est sans appel et résume bien tout l’enjeu à la fois du métier de consultant digital et de l’importance de la formation et de la conduite du changement dans les organisations qui veulent intégrer le digital au coeur de leurs stratégies : seul un entraînement de ces personnes mène à une amélioration significative de leur compétence, elles pourront alors reconnaître et accepter leurs lacunes antérieures.

Sous réserve que la bonne foi, la volonté d’apprendre et de reconnaitre ses erreurs et surtout que la confiance en l’avis de quelqu’un d’informé et e compétent puisse permettre de dépasser ce biais cognitif largement répandu, c’est effectivement la meilleur chose qui puisse arriver quand on est en prise avec un "effet Dunning-Kruger".

On y croit ;-)


Ethnocentrisme de l’Internet ou l’histoire de Makmende le "Chuck Norris mème" kenyan

C’est en visionnant une passionnante conférence TED (pléonasme, je sais) de Mark Graham sur la géographie de l’Internet que j’ai découvert Makmende, le premier mème kenyan/africain de l’histoire de l’Internet.

Makmende
Au départ c’est l’histoire d’une vidéo “trailer” du groupe afropop kenyan “Just a Band” qui dépasse les 500.000 vues en mettant en scène un personnage “très méchant” tout droit sorti de l’univers de Shaft et des films sur la “blaxploitation”.

Son nom – Makmende Amerudi – est probablement issu de la fusion entre un mot désignant quelqu’un qui se prend pour un super héros et le “Make My Day” de Clint Eastwood dans l’Inspecteur Harry.

Makmende
Véritable buzz au Kenya puis en Afrique, Makmende se réplique comme un mème sur le modèle des Chuck Norris Facts (un florilège est compilé dans cet article des Observateurs France24). Le phénomène Makmende a donc sa page Facebook et sur Twitter aussi via le mot-dièse #makmende.

Le Wall Street Journal, CNN et GQ en parlent mais c’est sur Wikipédia que les choses deviennent plus difficiles puisqu’au départ, il est impossible aux fans de Makmende d’ouvrir une page dédiée à ce mème africain considéré comme anecdotique (voir l’article “Makmende’s so huge, he can’t fit in Wikipedia” d’Ethan Zuckerman en mars 2010).

Makmende

Désormais pleinement intégré dans la culture Internet, et sur Wikipédia, Makmende peut poursuivre sa vie de mème tranquille sur la toile, je vous laisse visionner la vidéo qui a tout déclenché :

Comme quoi, Internet c’est un village pas si global que ça où ce sont les normes et les cultures occidentales qui priment au niveau international, à de rares exceptions – dont dernière et Sud Coréenne vidéo viral de Psy "Gangnam Style", et où les Internets chinois, indiens et encore plus africains restent localisés à leur territoires.

Dommage pour nous car on y perd en créativité !

 


Le digital c’est un métier… Vraiment ? Oui vraiment !

Ne dites pas à ma mère que je suis un spécialiste du digital, elle croit que je suis informaticien ;-)

Cela fait plus de 15 ans que je conseille des organisations publiques, privées et associatives dans le domaine élargi de leur présence sur Internet, et, souvent, je me retrouve dans une position un peu paradoxale. En effet, il n’est pas rare que je sois en difficulté, au moins éthique, face à deux messages forts que je tente de faire passer à mes clients et qui peuvent apparaître comme contradictoires.

D’un côté, je leur explique que le digital est une question de posture, d’esprit, que c’est une affaire d’autodidacte et que la meilleure manière de faire est d’abord de faire, par soi-même, et de s’appuyer sur les informations, communautés et moyens qui sont gratuitement et librement disponibles sur Internet, car Internet est né, s’est développé et se pérennise comme cela depuis son origine (pour faire simple).

Mais d’autre part, je défends, et ce n’est pas uniquement intéressé car sinon je n’aurais pas de souci, et donc je n’écrirais pas ce billet, ou je ne dirais pas ce que je dis en première intention (cf. le premier point ci-dessus), je soutiens qu’il faut se faire accompagner par des gens dont c’est la spécialité, le métier, et qu’il vaut mieux y mettre le prix car les conseils gratuits sont souvent peu… payants (lol) et qu’il y va pour le digital comme pour d’autres champs : ce n’est pas le dernier qui a parlé qui a raison, c’est un vrai travail de professionnels.

Contradiction donc à première vue, mais en creusant un peu non, du tout.
C’est l’objet de la "démonstration" qui va suivre…

D’abord ce qui est important, c’est que la disponibilité et la gratuité d’Internet et des informations qui permettent d’en maximiser l’usage pour défendre une cause, vendre des produits ou des services, changer le monde… cette possibilité là demande du temps et des compétences en terme de compréhension et d’intégration. Et oui. Ce n’est pas parce que la plupart des éléments permettant d’apprendre à coder, faire des sites Internet, déployer des campagnes ou créer des contenus sont accessibles gratuitement que c’est facile de devenir informaticien, créateur de site web, rédacteur ou vidéaste, journaliste ou entrepreneur numériques. Ce serait trop facile… Et donc les autodidactes, hackers, créateurs de sites, marketeurs, diffuseurs de contenus, s’ils sont à l’origine des "amateurs" dans tous les beaux sens que possède ce si joli mot, travaillent, se perfectionnent et au final devienne des professionnels, sinon ils restent au stade de l’expérimentation, et donc de l’échec lié au "one shot".

Ensuite, ce qu’apprend la formidable possibilité offerte par Internet d’apprendre à apprendre, c’est l’humilité, la patience et la prudence. Connaître le digital, c’est savoir que tout y change en permanence, qu’on y est toujours dépassé par le mouvement, par quelqu’un d’autre, qu’il n’y a aucune recette magique ou absolue, que l’expertise ou les effets de mode sont battus en brèche de manière permanente, et donc que la modestie y est une valeur cardinale. D’où le malaise que j’ai souvent quand on me présente comme un "expert digital", ou un "spécialiste" car cela me renvoie à l’ensemble des champs que je ne connais pas, ou pas assez…

Donc, et c’est une conséquence des 2 premiers points, tous ceux qui colportent des certitudes faciles, qui exploitent la relative méconnaissance des autres, et donc qui les méprisent, pour vendre leur beurre ou s’arroger le titre d’expert auto-proclamé, alors même qu’il ne maîtrise qu’un (le code par exemple ou le marketing) ou au mieux quelques aspects du digital, ceux qui vendent de la magie digitale (buzz, Facebook…), tous ceux là violent une règle immuable et non écrite de l’Internet.

C’est vrai du cousin informaticien car il a monté un site, ou du collègue "qui s’y connait" car il a un blog, et qui font croire qu’ils savent (faire)…

C’est vrai du prestataire technique qui dépasse son champ de compétence métier, du consultant qui atteint dans certains domaines mal maîtrisé son seuil d’incompétence (principe de Peter)…

Du jeune community manager qui est incollable sur Facebook mais ne comprend rien à la communication ou au marketing et encore moins à l’éthique et à la vie privée…

Du Président ou du DG qui pèse de son poids hiérarchique pour empêcher des projets auquel il ne "croit" pas, ou qu’il ne comprend pas, ou dont il n’est pas à l’initiative…

Tout ceux là sont des criminels passible devant le tribunal de la bonne utilisation intelligente d’Internet ;-)

Face à tous ces apprentis sorciers, Cassandre et gourous auto-proclamés, c’est donc un exercice périlleux en tant que conseil "expert" que de ne pas céder à toutes les sirènes et dérives tout en défendant malgré tout son expertise, d’être affirmatif et ferme dans ses recommandations sans perdre la plus élémentaire réserve et modestie.

Non pas que le #fail soit interdit, le mode "trial and error" est à la base de l’Internet, et faire son "best effort" est natif de ce réseau, mais l’échec doit être préférentiellement du à de bonnes raisons, à une volonté de tester pour optimiser, ne serait ce que pour éviter qu’il se reproduise : pas à des contre sens ou à des utilisations contre nature ;-)

Mais en tous cas c’est passionnant…
Et sans fin !


Impressions africaines et humanitaires…

Pendant que je dé-rushe les images prises sur place, allez hop un petit billet d’humeur pour fixer mes impressions après le retour de 10 jours de mission humanitaire au fin fond de la brousse du Burkina Faso pour l’association La Calebasse de Ouahigouya.

Capture d’écran 2012-12-02 à 15.44.09

Comme l’année passée, j’ai fêté mes 38 ans là bas, des anniversaires uniques avec un gâteau au yaourt, des chants, des rires, de la viande sur la table (un poulet donné par la famille que nous parrainons) et des cierges en guise de bougies. Inoubliable. Bien entendu, on sait déjà qu’on ne sauve pas le monde, qu’on est pas là pour ça, qu’on ne le peut pas et que ce n’est pas souhaitable de le vouloir. Mais  comme souvent en Afrique, un rappel à la réalité durant la fête et le repas, une invitation supplémentaire à l’humilité avec cet enfant dé-nutri qui arrive en urgence avec 4g d’hémoglobine, au bord de la mort, cette mort qui rôde comme toujours, jamais loin…

63304_382188001857367_997680121_n

Particularité de la mission de cette année pour moi, ma fracture du pied droit, toujours pas consolidée m’a forcé à me poser, à ré-apprendre à marcher, à aller lentement, à m’écouter un peu plus. à m’hydrater, à faire attention à moi et à ceux qui sont autour de moi. Des heures d’inactivité physique forcée, mais qui se transforment vite en vagabondage en pensées, en réflexions, en recul et en observation riches de conséquences.

Capture d’écran 2012-12-13 à 16.05.48

De son côté, Elle soigne, apaise, forme les infirmières locales, toujours anxieuse de vouloir bien faire, toujours mieux, malgré le manque de médicaments, d’appareillages, d’électricité, de connaissances plus pointues en maladies infectieuses et tropicales, mais au fond contente aussi de soigner des gens qui en ont vraiment besoin, de sortir de notre "bobologie" et de nos maladies de riches (stress, dépression, obésité…).

Capture d’écran 2012-12-13 à 16.07.43

L’année dernière, j’avais parcouru tous les lieux où l’association soutient des projets et donc sillonné le pays alors qu’elle tenait une consultation de brousse. Mais cette année l’instabilité au Nord du pays (frontière du Mali) et l’importance de prospecter l’opportunité de mettre en place des projets de fond à Temnaoré (nouveaux bâtiments pour le centre de re-nutrition et construction d’un orphelinat à Godo) nous a rassemblé et ce voyage a été l’occasion de nous retrouver un peu tous les deux. Hors du flux du quotidien et de la connectivité permanente, et paradoxalement de nous reposer et de nous ressourcer. La vie est si simple et bien réglée, alimentation basique et frugale, levés à 6h avec le soleil, couchés à 21h maximum, des moments authentiques de partage, de re-découverte (le silence, la nuit et ses étoiles) et de travail utile, ça fait un bien fou.

Je sais que c’est dans ces moments là que je suis vivant, utile, elle aussi, et que nous sommes destinés à multiplier ces missions, à donner plus de place à cette dimension là dans nos vies, en embarquant nos enfants, nos proches et si possible en pouvant en vivre, même chichement : on y travaille…

Elle, elle va commencer à s’impliquer à la Croix Rouge de l’Aude, faire des maraudes, des formations aux premiers secours, à re-potasser l’urgence… Et moi à faire ce que je sais bien faire : monter un projet, le faire sortir de terre et lui donner tout ce j’ai…

#Staytuned #Teasing

Pour en savoir plus sur l’association et la soutenir :
http://la-calebasse-de-ouahigouya.org et Facebook


Des enfants (d’abord) comme politique

Drôle de titre encore ;-)

C’est de la centralité des enfants dans ma vie, dans ma vision du monde et dans la structure de la politique que j’aimerais voir régner sur le monde, et par opposition l’absence coupable des enfants dans la philosophie, la politique, l’éthique des personnes et des organisations que je vais évoquer : c’est ça l’enjeu de ce billet.

Notre société valorise les enfants pour mieux vendre, infantilise les gens pour mieux les contrôler, le marketing les cible comme des prescripteurs d’achat vis-à-vis de leurs parents et comme une population dont le pouvoir d’achat propre est non négligeable.

En revanche, philosophiquement, politiquement et éthiquement, rien de tel, c’est plutôt le contraire : les enfants sont replacés dans leur caractère de non-adultes, donc de non-responsables, de non-citoyens et de personnes incapables au sens juridique, intellectuel et politique.

Bizarre non ?

Alors que si on y réfléchit bien, c’est au nom des enfants que nous décidons, ce sont eux les "générations futures" non ? Leur prise en compte dans la politique, vis-à-vis à minima et de manière évidente de l’environnement mais pourquoi pas plus largement, n’est donc pas à l’hauteur de l’enjeu qu’ils représentent. Pourquoi ne pas abaisser la majorité légale du droit de vote alors qu’à 18 ans ils sont déjà consommateurs et parfois ils travaillent ? Plus fondamentalement pourquoi ce sont les "vieux" qui décident pour leur avenir alors que par définition ces mêmes personnes qui les gouvernent n’assumeront pas les conséquences de leurs actes ?

Imaginez un peu une politique qui investirait sur les enfants et tout ce qui les amènerait structurellement à se développer, s’épanouir et devenir des adultes responsables et innovants. Je pense ici aux parents d’abord, à ceux qui les aide (crèches, aux nounous et aux assistances puéricultrices), à l’éducation primaire et secondaire bien entendu, mais aussi à la recherche fondamentale et appliquée, à toutes les sphères qui facilitent la vie des enfants et leur édification : les soins, la musique, le sport, la culture, l’informatique…

La philosophie fait si peu de place aux enfants, à la construction de la pensée spécifiquement enfantine (c’est une non pensée, une non raison), à la naturalité de leurs instincts altruistes, de leur bienveillance, de leur candeur et de leur proximité intrinsèque les uns avec les autres, sans que la couleur, la classe sociale ou la religion soient même évoqués.

Car dans la sphère "privée" c’est pire encore, ou c’est la même chose plutôt, mais différemment.

Qu’apprend t’on aux enfants ?

A mentir face à leur spontanéité, à refrainer leurs envies ou à les transformer en besoins de consommer ou de faire des choses inutiles (qu’on pense à ce qu’est devenu Noël)… A respecter des autorités qui les spolient ou agissent de manière complice avec la situation globale que je décrivais plus haut… A aspirer à la bienséance, à la docilité, à la performance, aux résultats scolaires et aux plus hautes responsabilités – la "rat race" (course de rats) comme disent les américains… A remettre à plus tard leurs rêves le temps de sacrifier leur temps à donner le change à une société qui les méprise ou les instrumentalise… A adorer les idoles, civiques, médiatiques, mais à détourner leur regard des SDF, de ceux qui luttent, de la violence sourde des milieux d’enfermements auxquels ont les prépare (école, bureaux… ou prison), d’oublier leurs compatriotes enfants qui meurent chaque jour dans les pays qui n’ont pas la même chance que nous, et à cause de nous qui le provoquons ou le laissons faire (quelle différence)…

Parfois je pense à ce que serait une philosophie, une économie, une politique, une éthique et un gouvernement qui placerait l’avenir, donc les enfants, au coeur de sa stratégie et de ses objectifs.

C’est vrai que j’ai une relation personnelle forte à ce qu’a été ma pensée d’enfant, pleine de rêve, d’imagination, de possibles, d’idéaux. J’ai une volonté farouche de placer mes enfants, leur liberté, la mienne au coeur de ma vie, autant que de construire patiemment mais sûrement les enfants qui en ont besoin, les orphelins et le symbole de ce qu’ils représentent au centre de mon projet de vie.

C’est aussi pour cela que j’ai du mal à débattre sur la meilleur manière de changer le monde avec des personnes qui n’ont pas d’enfants, qui n’en veulent pas, qui ont oublié quels enfants ils étaient ou encore qui ne voient pas de caractère crucial dans l’enfance et dans l’avenir des enfants. Parfois j’ai envie de leur dire : passe une demie-journée avec un nourrisson, à le faire manger le changer, t’en occuper, ou un enfant plus âge si les tous petits t’effrayent, et tu te rendras compte que tout ce qui remplit ta vie n’est pas en rapport avec "LA VIE", la seule qui soit, celle qui se déploie et aspire uniquement à vivre, rien de plus puisque rien d’autre n’est important au fond. Il suffit de regarder un enfant jouer, vivre ou s’approcher de soi pour comprendre que tout ce que nous appelons civilisation est une négation de ce qu’ils sont, donc de ce que nous étions, et de ce que nous sommes ou devons rester.

Je ne dis pas que les enfants devraient diriger le monde, qu’il n’ont rien à apprendre ou qu’ils devraient être plus écoutés que les adultes mais simplement qu’ils devraient occuper une place beaucoup plus centrale, celle qu’ils ont dans certaines familles, régions, pays ou ethnies. Parce qu’ils sont la vie en actes, la pureté de cette pulsion de curiosité, tournée vers le monde, la découverte et l’apprentissage. Parce qu’ils représentent ce que René Char disait des poètes : une salve d’avenir face à l’effondrement des preuves.

Depuis que je suis père chaque jour je pense aux miens et à ceux que j’ai adoptés comme les miens, avant je pensais à eux plus théoriquement mais ils étaient présents, dans ma vision de la politique, du partage, de la propriété et de ce qui est important, "vital" : et vous ?


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 3  382 followers