Ne me parlez pas de la fracture numérique !

Pourquoi ce titre ?
Pour plusieurs raisons et sur plusieurs plans de discussion.

D’abord je trouve qu’on ne parle pas assez de la fracture numérique. Le potentiel d’Internet est très puissant, et il génère même des bulles, mais ceux qui en sont privés, que ce soit dans les pays en développement et même en France, ça on en parle pas, peu et passez assez. C’est sur que c’est moins cool que les hackers dont on parle beaucoup dans les médias "pure players geeks", et pourtant eux les hackers ils s’intéressent beaucoup à ceux qui sont victimes de la fracture numérique, soient qu’ils rétablissent Internet quand il est coupé comme le fait Télécomix, soient qu’ils permettent la ré-appropriation des technologies dans les fablab et les hackerspaces, soient qu’ils fassent de la pédagogie et de l’éducation aux nouvelles technologies comme les libristes (APRIL et AFUL). Pourtant quelle belle série d’articles ou de reportages ce serait de s’intéresser aux populations rurales ou périurbaines coupées d’Internet, de la 3G ou ayant des débits extrêmement limités, ou encore aux "quartiers" et autres banlieues, ZUS et bidonvilles, ou encore aux SDF et aux migrants : quels usages ? quels systèmes D pour "se raccrocher" au web ou à la téléphonie ? Ce serait passionnant… et ça pourrait être utile pour le Gouvernement (aménagement du territoire numérique), et pour les entreprises (quid de services de connectivité "base of the pyramid" ?). Je sais que Vint Cerf le père de TCP-IP dit qu’Internet n’est pas un droit de l’homme mais ça n’empêche pas qu’arroser tout le monde d’Internet et former à son usage, ça pourrait changer pas mal de choses à mon avis…

Seconde raison à ce billet, je pense que même pour ceux qui utilisent Internet, pour chacun d’entre eux, pour vous lecteur de ce billet : il y a une fracture numérique individuelle et spécifique à nos usages. Parce que tout le monde ne se sert pas d’Internet ou de son téléphone mobile de la même façon, parce que nous ne pratiquons pas pas tous TOUS les usages qui sont permis par les réseaux et les appareils, il y a donc plutôt "DES" fractures numériques, et non "LA" fracture numérique. L’analphabétisme numérique et l’illectronisme (équivalent de l’illettrisme pour le numérique) ne suffisent pas à décrire les différences d’usages car nous avons chacun notre usage propre. Les ados se servent plus des messageries instantanées type MSN ou BBM, les différences d’utilisation du web et des forums par exemple pour certaines classes d’âge ou pour les sexes, les jeux en ligne son également segmentants/clivants, les l’IRC et newsgroups ou encore les listes de diffusion sont des usages spécifiques à certaine catégories d’internautes… Dans ma grande famille recomposée (5 enfants), je vois bien que l’ainée de 14 ans "textote" environ 15 ou 20 messages par jour, son frère de 13 ans cumule des sessions de WoW, LoL, Minecraft et Dofus sur son ordinateur et des parties d’Angrybirds ou de Fruit Ninja sur l’iPhone de sa mère, alors que les miens (6 et 4 ans et demi) s’adonnent pour l’instant uniquement à des jeux pour enfants qui sont disponibles pour iPhone et iPad… Ca c’est pour les aspects qualitatifs (j’utilise, j’utilise pas) mais il y a en plus des différences quantitatives (peu, beaucoup, énormément)…

Donc en termes de "stratégie digitale", c’est plus compliqué qu’il n’y parait quand on veut toucher "tout le monde" ou "le grand public", si on s’attache à parler "aux femmes" ou "aux jeunes" ou si ce sont les seniors ("silver surfers" qui sont 2,4 millions du Facebook et 520000 sur Twitter) ou les nouvelles ménagères de moins de 50 ans connectées ("digital mums") qu’on veut convaincre. D’où l’importance des chiffres globaux (40 millions d’internautes, 20 millions de mobinautes et 1,7 millions de tablonautes, utilisateurs de Facebook) et des répartitions par ASV comme on disait en chat/sur IRC (Age, Sexe, Ville)… mais au-delà des chiffres d’où l’importance des études d’usages, de l’analyse des statistiques de consultation et d’utilisation des services (tous les possesseurs de comptes Facebook n’utilisent pas le réseau social de la même façon, certains chattent, jouent, publient, achètent, d’autres pas) et des appareils (les tablonautes sont avant tout masculins donc une application iPad aufeminin.com n’est peut être pas la meilleure idées qui soit)… C’est la même chose pour vos clients ou vos publics, ils n’ont pas tous les mêmes usages donc leur envoyer la même information, par le même canal, c’est peut être pas optimal… D’où l’importance du eCRM aussi.

Mais heureusement il existe des "fixeurs digitaux", des personnes comme moi qui, parce qu’elles connaissent bien la topographie, la sociologie, l’histoire et la culture du réseau, aident les organisations à aborder le cyberespace en terme de territoire, de communautés, d’usages et qui vous permettent de définir la meilleure stratégie possible dans cet univers qui se superpose à la réalité et s’y interface (car non Internet ce n’est pas "un autre monde", il n’y a qu’un monde et il devient de plus en plus connecté, enfin pour ceux qui ne subissent pas la fracture numérique). Cela passe par des brainstormings, des workshops, des formations, des schémas directeurs de communication, des messages, des plan d’actions…

On en parle quand vous voulez.

Quelques liens pour aller plus loin :


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 3  382 followers