Travails, familles, patries (was : Mein Arbeit Macht Meine Frei)

Je sais pas pourquoi ce sont 2 idées nauséabondes qui, en les détournant, ont fini par donner ce titre bizarre. C’est comme ça, peut-être les scores récents du Front National, la campagne Buisson(esque) défaite de Sarkozy et les manifestations quotidiennes de haine et fascisme que l’actualité nous présente. Ou le fait que j’ai souvent mes idées d’articles comme ça sans y penser vraiment et qu’ensuite il faut vite que je les écrive et que je les publie, sans toujours bien les relire. Le blogging a toujours eu pour moi cette fonction, cet intérêt. Toujours est il que je suis parti, pour mieux les ridiculiser et tenter si c’est possible de les rendre moins horribles, de l’odieuse devise qui figurait à l’entrée du camp de Buchenwald et du triptyque pétainiste qui s’était substitué au républicain "Liberté, Egalité, Fraternité".

Pour parler de quoi cette fois-ci ?

De mon rapport au travail, de la place qu’il a par rapport à ma vie personnelle et du rôle central que possède pour moi la famille, de mon besoin vital de liberté ainsi que des contraintes et des avantages de ma mobilité géographique, toussa quoi.

Par quoi commencer, par la raison pour laquelle j’écris au pluriel "travails, familles, patries".

Au-delà de la faute d’orthographe volontaire et pseudo-stylistique, j’ai effectivement de nombreuses activités qu’on peut considérer comme "professionnelles", de manière synchrone, je suis en effet cofondateur et associé de LIMITE, une agence pure-player en communication responsable, pour laquelle j’interviens sur le volet digital de ses clients publics, privés ou non-marchands ; j’ai une activité de freelance en tant que planneur / consultant / newbizz digital pour des agences et des annonceurs qui ne sont pas en concurrence avec LIMITE, notamment au travers d’Agilteam et de ma structure FBardeau Conseil ; je poursuis également le travail engagé avec la publication du livre "Anonymous" co-écrit avec Nicolas Danet et publié chez FYP par la rédaction d’articles, l’animation ou l’organisation de conférences ou d’ateliers sur le sujet de l’hacktivisme et de la cyberculture et du digital au sens large… C’est pour ça que je dis que j’ai plusieurs "travails" ;-)

Ensuite "familles". Ca peu paraître débile là aussi, car on peut dire qu’on en a toujours qu’une seule mais moi je dis que j’en ai plusieurs, ou que ma conception de ma famille est à géométrie variable et fonctionne en mode étendu. Ca n’est pas qu’une histoire de sang en tous cas mais aussi d’affinités. J’ai pourtant des parents et des parentés, des enfants (5 en tout, 2 d’un premier mariage qui ont 6 et 4 ans et demi, 2 qui sont dans ma vie grâce à mon 2ème mariage et qui ont 13 et 12 ans, et pour finir le petit dernier d’1 an que la vie nous a donné comme un cadeau à ma femme et moi). Donc c’est une belle famille recomposée qui, selon les semaines, est composée de 3 personnes (ma femme, notre fils et moi), de 5 personnes (nous 3 et les 2 enfants de ma femme) ou 7 (elle, moi et tous nos enfants). Et concernant les enfants, j’ai envie d’en adopter d’autres, et de monter, à terme, une ONG qui fédérerait des orphelinats autour du soin (ma femme est médecin) et d’Internet/des logiciels libres. Mais je pourrais dire aussi que je compte dans ma famille des amis, des qui sont physiquement proches de moi et d’autres que je vois moins malheureusement faute de temps. Et je pourrais également tout aussi facilement dire que je considère chaque femme et chaque homme dans ce monde comme un membre de ma famille tant leurs souffrances et leurs conditions m’affectent et déterminent pour beaucoup ma vision du monde, mes engagements, les priorités que je me fixe dans mes activités professionnelles et personnelles, mes lectures, ma façon de vivre au quotidien…

Dernier point d’explication, pourquoi "patries" ? Et bien parce que mes "travails" et mes familles se vivent simultanément, mais sur des territoires éclatés. Je suis en effet ce qu’on appelle un navetteur, qui passe beaucoup de temps dans les trains car je suis organisé selon une mobilité géographique pendulaire, mais pas comme un navetteur classique. J’ai 2 domiciles un à Paris, l’autre dans le Sud de la France, et j’y passe en gros une semaine sur 2 en période d’activité normale (l’été je suis plutôt dans le Sud ;-). A Paris je m’occupe en alternance de mes 2 premiers enfants, de LIMITE et de ses clients digitaux, et de certaines de mes autres activités (missions freelance, conférences, travail de recherche pour continuer à écrire des articles et des livres sur les hackers). Dans le Sud je continue à (télé)travailler pour mes activités professionnelles, parisiennes ou non. Les 2 territoires qui font le lien entre mes 2 domiciles, c’est le train dans lequel je travaille, je lis et souvent je dors (voyages de nuit en couchettes), mais surtout Internet et le cyberespace qu’il créé et que j’arpente depuis 15 ans à tel point que je m’y sens à la fois comme chez moi mais qu’il revêt toujours pour moi un caractère d’aventures et de découvertes permanentes. Voilà pourquoi "patries" : Paris, Carcassonne, SNCF, Cybéria j’avais un jour mis sur mon descriptif Twitter en forme de joke… mais ça n’en était pas vraiment une.

Alors tout ça pour quoi ? Quelle complexité pourrait-on se dire ! Quel éparpillement et quelle fatigue ! Quelle perte de temps tous ces trajets !

Et bien pour moi, et pour l’instant pour mes proches, pour mes clients, pour mes associés et pour le monde entier : c’est comme ça, et c’est bien comme ça jusqu’à ce que cela ne le soit plus et que j’agisse pour changer cette configuration. Car ce dispositif possède aussi de remarquables avantages personnels ou professionnels, et qu’il correspond à des envies autant que des besoins très forts et très importants pour moi. Le premier est qu’il me permet de "jouer sur tous les tableaux", c’est à dire d’avoir des activités professionnelles passionnantes et multiples, stimulantes car hétérogènes, et qu’il me ménage beaucoup de temps de travail chez moi (à Paris mais surtout dans le Sud) et énormément de flexibilité pour profiter de mes enfants (à Paris, mais aussi dans le Sud quand on est 3 ou 5 ou 7), et bien entendu de ma femme (week-ends, vacances, moments "off").

Tout ça n’est possible que parce que je ne suis pas salarié, que parce que j’ai des activités différenciées dont aucune ne me prend suffisamment de moi pour m’empêcher de vivre le reste de ce que je veux vivre. Et rien de cela ne serait possible sans le cyberespace. Internet m’a donné énormément à tous les niveaux, il m’a ouvert l’esprit, donné un travail, montré la voie et fait connaitre des choses qui ont changé ma vie, permis d’interagir et de rencontrer des gens extraordinaire, et il me permet de m’organiser différemment, sur plusieurs lieux, c’est aussi pour cela que je suis libre et que j’apporte des choses à mes clients.

Donc paradoxalement, ce qui pourrait apparaître comme un déséquilibre ou une instabilité est en fait un agencement stable. Il l’est pour mes associés, mes clients et mes partenaires/équipes, qui savent que ma réactivité et ma valeur ajoutée ne sont pas affectées par mon mode de vie mais qu’il faut s’organiser et aimer les nouvelles technologies numériques (téléphone, visio, chat, pads, mails), et il l’est pour ma famille et mes amis dont je peux profiter pleinement, là aussi pas toujours physiquement (vive les réseaux sociaux, le téléphone, le mail) et pas autant que ce que je souhaiterais.

Je travaille beaucoup et un peu tout le temps, et je déconnecte rarement même si je me soigne de mieux en mieux à ce sujet, grâce à ma femme et au soleil du Sud… mais c’est aussi pour cela que je suis libre, que je fais plein de choses passionnantes et que j’ai développé des expertises très fortes qui me permettent de bien gagner ma vie et d’en profiter un maximum auprès de ceux que j’aime et au service de mes engagements.

Il y a bien pire…

 


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